N°1 Magali Mellado

« REBONDIR QUOI QU’IL ARRIVE »

 

Dans ton activité de coach, tu te nourris de ton expérience sportive passée. D’où t’est d’abord venue ta passion pour le cheval, quelle place a eue l’équitation dans ta vie ?

 

À l’âge de onze ans mes parents ont hésité entre m’inscrire au golf ou me faire monter à cheval. Ils m’ont emmenée chez une amie qui venait d’ouvrir son club. J’ai monté ce cheval, un pottok qui s’appelait Virus, qui est devenu mon cheval par la suite. Une fois descendue de cheval, j’ai demandé quand est-ce que je revenais et je ne me plus arrêtée, ça fait vingt-huit ans que je monte à cheval.

Je suis une grande passionnée des chevaux, ils apportent énormément.

Lorsque j’ai eu mon bac j’ai dû partir à la fac et en trois ou quatre jours j’ai réalisé que je ne pouvais pas arrêter l’équitation. J’ai préféré faire mes études par correspondance, par le biais du CNED, ce qui n’est pas facile, afin de pouvoir poursuivre ma passion. Je savais qu’il m’aurait fallu travailler non stop toute la journée mais à 17 h, je partais monter à cheval.

 

L’équitation est donc une passion exigeante, quelle place a-t-elle prise au cours des années qui ont suivi et comment t’es-tu séparée de tes chevaux pour devenir coach ?

 

J’ai rencontré mon ex mari entre-temps, j’ai travaillé à la MSA en comptabilité pendant un an et demi, ce qui m’était très dur de travailler enfermée dans un bureau, je montais à cheval le soir et le week-end, jusqu’au jour où on a eu besoin d’un cavalier dans la société, donc j’ai arrêté mon travail et je suis devenue cavalière professionnelle à temps plein pendant plus de dix ans.

C’était vraiment un métier exercé par passion, qui demandait énormément de travail sur soi. L’équitation est une activité qui demande toujours de se remettre en question. Si je m’étais mise au golf je n’aurais peut-être pas fait mes études par correspondance, j’aimais beaucoup tout ce qui concernait la médecine légale, la recherche, mais il ne faut jamais regretter, le « si » ne devrait même pas exister, ce qui est fait est fait et il faut voir de l’avant.

 

Suite à mon divorce j’ai tout perdu du jour au lendemain. Je me suis retrouvée avec des grosses valises, ma fille, quinze chevaux, plus de logement, plus de travail… Je remercie mes parents de m’avoir épaulée, il a fallu que je trouve des solutions. La vie nous impose parfois certains événements qui nous amènent à trouver des solutions. Le 15 janvier 2013 je signais un contrat comme coach en nutrition. C’est une activité qui permet d’être indépendante, d’être libre, de gérer ses enfants, de bien gagner sa vie, et en plus c’est un métier où on aide les gens.

 

Au début ce n’était pas évident, dormant peu, je travaillais la nuit. J’ai commencé à mi-temps parce qu’il fallait que je valorise les chevaux que j’avais pour les vendre.

Aujourd’hui il ne m’en reste plus que quatre. J’ai donné beaucoup de ma vie pour les chevaux et maintenant je donne beaucoup aux gens que j’aide, au développement personnel.

 

J’ai pris ma retraite des chevaux en 2016 parce que ma jument de compétition a eu des problèmes respiratoires, la jument qui me tenait vraiment à cœur et avec qui j’ai fait les plus belles épreuves et eu la plus grosse complicité. Par respect je l’ai mise à la retraite et du coup, après, ce n’est plus la même motivation.

 

La vie n’est pas toujours rose, mais Charlie Chaplin disait que si ton corps sait qu’il traverse certaines épreuves, tes lèvres, elles, ne le savent pas, elles sourient toujours. Chacun peut traverser des épreuves très compliquées, ce n’est pas grave, on prend une claque et on se redresse, c’est ma devise.

 

D’ailleurs un animal qui se blesse dans la forêt, s’il peut se relever il va se mettre en mouvement et c’est ça qui va le sauver… Qu’est-ce qui compte, selon toi, dans la difficulté ?

 

En effet, je pense qu’il n’y a que ceux qui ne bougent pas qui ne s’en sortent pas. Il faut bouger, se battre. Se plaindre et attendre ne change pas les choses. J’ai eu des soucis de santé en 2016 à sept mois d’intervalle, j’ai dû lever le pied mais cela ne m’a pas empêchée de rester hyperactive. Peu de gens m’ont vue me plaindre.

 

Les pierres ça reste des pierres, les animaux sont avec d’autres personnes et ne sont pas malheureux, on peut ranger différemment chez moi, peu importe, je casse de la vaisselle et alors, je ne suis pas du tout matérialiste.

Ce qui compte ce sont les personnes, le contact qu’on a avec les gens.

Je pense que je suis un peu atypique, il paraît que ça s’appelle la crise de la quarantaine (rires).

 

As-tu transmis cette passion de l’équitation à ta fille ?

 

Du tout. Je lui transmets le respect envers les animaux, le temps et le soin que cela demande.

Si on est fatigués il faut s’en occuper quand même. Le respect c’est le principe n°1 de l’éducation. Autrefois il y en avait beaucoup plus.

Elle vit avec moi à temps plein, c’est ma force, et c’est aussi beaucoup à gérer.

 

Être cavalière professionnelle c’est beaucoup de sacrifices, il faut le savoir. Si on veut réussir comme cavalier il faut travailler ses chevaux tous les jours, on est à cheval six jours sur sept, sans compter les weekends de compétition, longs trajets avec de gros préparatifs. Ça coûte physiquement, ça coûte dans le relationnel, on ne voit plus sa famille, il m’est arrivé de ne plus voir mes parents pendant six mois. Quand j’étais de garde aux écuries je me levais à cinq heures et ensuite je m’occupais de ma fille, à son réveil. C’est « boulot dodo », pas de week-end, pas de voyage, pas de repas entre amis, on ne fait que ça et rien d’autre.

 

Changer quelque chose c’est d’abord une décision personnelle, intérieure ?

 

C’est ça. C’est là où je suis certainement dure. Il y a des personnes qui en ont vraiment besoin, de changer, et ne le font pas, mais c’est leur vie, c’est leur choix, moi je suis mon chemin. Je voudrais essayer d’aider tout le monde et quand quelqu’un abandonne, c’est vrai que je le vis comme un échec. Dans la vie tu apprends que tu peux juste tendre la main mais que tu ne peux pas porter les gens.

Je prends leur négatif et ils repartent avec mon énergie.

 

Sur quoi mets-tu l’accent dans ton travail de coach, c’est une aide qui vise la remise en forme, le bien-être psychique ?

 

Je pense que tout est lié. Et je le vois bien quand je fais des bilans, j’arrive à voir si ce sont des femmes qui font du sport ou bien qui me disent « ah beh, non, je travaille la nuit, puis après, la journée, j’ai les enfants, puis le lendemain… etc. ». On arrive à comprendre qu’en fait elles ne font rien pour elles, qu’elles sont prises dans une routine, et se disent même que c’est une fatalité.

Or je pense que ce n’est pas vrai. Et après, que ce soit homme ou femme, je pense qu'il y a aussi beaucoup de couples qui s’oublient.

 

Le levier de départ, est-ce la nutrition, le sport, le divertissement ?

 

Les gens viennent et on remplit un questionnaire sur leurs habitudes alimentaires et leurs habitudes de vie, c’est important d’avoir une bonne alimentation, une bonne hydratation et de faire un minimum de sport. Se nourrir mieux ça joue sur le moral, et donc sur le sommeil, sur le relationnel en famille, avec les collègues, c’est un tout et l’entourage s’en rend compte.

J’ai parfois des maris qui sont troublés de voir que leur femme a changé, qu’elle est beaucoup plus épanouie. Suite au questionnaire ils montent pieds nus sur une machine, et la machine analyse divers paramètres, poids bien sûr, graisse corporelle, masse musculaire, masse osseuse, graisse viscérale, calories, masse hydrique, IMC, âge métabolique. Quand ils sont face à leurs résultats ils peuvent mesurer l’écart entre ce qu’ils pouvaient penser et la réalité.

 

Le but du club c’est que les gens viennent et puissent se décontracter, que chaque coach puisse les accueillir en souriant, qu’ils se sentent à l’aise et se rendent compte que peu importe que l’on soit grand, petit, gros, maigre, moche ou super canon, on s’en fiche, c’est un peu le mot d’ordre, on vient passer un moment convivial. Quand c’est pour des bilans, pour un suivi, les gens se libèrent parfois de ce qu’ils ont vécu dans la semaine, et dès que c’est fini tout le monde parle avec tout le monde. Je fais des bilans pour les challengers, des entretiens pour quiconque serait intéressé par l’activité, et donc ensuite il peut y avoir une formation, il y a aussi des soins du visage, on en fait très peu, c’est pas trop mon truc.

 

Je fais beaucoup de contact à travers les réseaux sociaux, surtout Facebook, certains me demandent des bilans à distance, le réseau n’est pas là obligatoirement pour vendre mais pour aider les gens à se sentir mieux, pour mesurer l’écart entre les habitudes de vie et l’objectif à atteindre, les besoins ne sont pas les mêmes pour tout le monde.

 

Et tous les vendredis c’est l’activité sportive. Jusqu’au mois de juin on a environ vingt-cinq personnes dans les fits, on les fait au jardin public, on se met en cercle pour l’échauffement, tout le monde se présente, je plaisante beaucoup, comme ça les nouveaux se rendent compte qu’on est là pour rigoler aussi. Suite à ça on fait des jeux de ballons, très drôles, genre passe à dix ou du relais, après quoi on fait du renforcement musculaire. Les courageux qui viennent à l’approche de l’hiver je les emmène courir pendant presque une heure mais ils sont rares, et le but n’est pas de courir autour de Saintes avec deux challengers, c’est d’avoir un groupe pour vraiment s’amuser.

 

L’envie de se dépasser c’est une discipline qui se cultive dès l’enfance ou bien est-ce que c’est quelque chose qui peut s’acquérir après ?

 

Je pense que quand on a envie de se battre pour quelque chose, ça vient d’abord de soi.

Il y a trop de gens qui se plaignent de ce qui leur arrive, sans réagir et à attendre qu’on les aide.

Il y a beaucoup plus grave que les questions d’argent. J’ai par exemple vécu une année 2013 cauchemardesque. Mes parents m’ont appris à prendre la vie du bon côté. J’aime toujours aller de l’avant, faire des nouvelles choses. Je suis indépendante donc il faut travailler beaucoup, garder toujours le moral. J’organise des sorties pour mes clients ou entre coachs, on va faire la fête mais c’est après avoir partagé, travaillé à fond tous ensemble, c’est la monnaie de la pièce, j’ai un petit peu de mal avec les gens qui se laissent vivre, ce n’est pas simple et c’est vrai aussi que je suis hyper exigeante.

Je suis une insatisfaite dans le sens où en équitation, si j’arrivais deuxième, je me demandais ce qu’il aurait fallu faire, pour améliorer un tournant, et gagner une seconde de plus.

Je suis incapable d’aller courir un 10 km pour m’entraîner. Si je vais courir un 10 km c’est pour être dans les trois premiers. C’est peut-être ce qui a fait que je sois battante, je vais toujours de l’avant.

Mais je suis aussi rêveuse, la part de rêve est importante pour avoir de la motivation, de l’ambition.

 

Aujourd’hui encore je cherche toujours de nouveaux défis, je n’aime pas être dans la routine. J’ai des photos de gens qui sont devenus proches de moi, des photos « avant / après » avec des résultats superbes », une personne qui va perdre dix kilos mais qui va être métamorphosée vis-à-vis du moral et du reste, ce n’est plus la même personne au niveau du relationnel avec sa famille ou ses collègues. Et j’adore, parce qu’autant avant j’étais dans le milieu des chevaux, tout le monde me connaissait, mais c’est aussi un milieu fermé, alors qu’aujourd’hui je fais de nouvelles rencontres chaque jour, que ce soit par le biais de différents réseaux sociaux ou pour le biais d’amis de mes amis. Si j’avais beaucoup d’argent je ferais du 1er novembre au 1er avril à l’étranger, par exemple sur une île, et le reste du temps ici. Aujourd’hui j’ai envie de voyager, en France ou à l’étranger, il y a plein de choses à voir et à faire.

 

Que représente l’île, dans ton imaginaire ? C’est se couper de toutes les pollutions, de l’hypocrisie, c’est retrouver de vraies valeurs avec les gens, changer de rythme, de temporalité ?

 

Complètement. C’est vivre le contact avec les gens, prendre plus son temps, savourer les choses. Je ne supporte pas la jalousie, les gens mesquins, la critique, que ce soit pour la tenue vestimentaire ou la personne elle-même. Quand on ne connaît pas quelqu’un on ne se permet pas de juger, et c’est devenu comme ça maintenant, ça me dérange. Quand je sors dans la rue je préfère me mettre des œillères, mais les gens qui me connaissent savent comment je suis.

En fait je pense que je donne trop donc là j’essaie de me soigner en ce moment, je fais ce travail qui consiste à temporiser. Je ne donne pas pour avoir quelque chose en retour, mais j’ai besoin de respect, c’est la base de tout, je me dis « arrête de déplacer des océans pour des gens qui ne déplaceraient pas une flaque d’eau pour toi ». Partir sur une île j’aimerais beaucoup. Vendre des crêpes et des cocktails je pourrais le faire, et même mon travail de coach. J’ai hésité à partir à l’étranger en 2013. Rester c’est aussi un sacrifice que je fais pour ma fille, je pense que c’est mieux pour elle, pour ses études. Mais je suis très « île », moi. Dans dix ans je ne sais pas mais dans vingt ans j’y serai peut-être.

 

Où trouves-tu ton inspiration, que ce soit au niveau sportif, musical, spirituel, littéraire, est-ce qu’il y a des figures que tu admires vraiment et auxquelles tu te réfères volontiers ?

 

Alors c’est très amusant mais je n’ai jamais eu pas même une petite idole. Je ne peux pas l’expliquer, il y a plein de sportifs devant lesquels je suis béate, équitation, natation, je suis beaucoup de sports. Hier il y avait un reportage sur Teddy Riner, il est fantastique, c’est un vrai athlète, et comme lui il faudrait en citer beaucoup d’autres. Comme chanteur je dirais Goldman, parce que c’est quelqu’un d’humain.

 

Ceux que j’admire vraiment ? Mes parents, toujours présents, après quarante-et-un ans de mariage, mon père, qui est exemplaire, et ma mère, sont les personnes que j’admire le plus. Je vais rester un peu égoïste là-dessus mais j’ai la chance d’avoir une famille exceptionnelle et très soudée. En plus je suis croyante, je ne le cache pas, je pratique peu mais je prie de temps en temps, tout le monde sait que je vais à la messe avec ma fille, à la veillée de Noël, le 24 décembre, on y va tous les ans. Dans tous les domaines je trouve qu’être proches, humains, accessibles, apporter quelque chose aux autres, c’est hyper important.

 

Pour le lectures, par contre, j’ai vraiment changé. Je lisais beaucoup de policiers, maintenant j’en suis venue à lire plus « des bêtises de femmes » qui vont me faire rire, sur leurs rencontres, sur la vie au quotidien. Le dernier livre en date c’est une journaliste à qui on demande de se changer elle-même pour que des hommes rentrent en contact avec elle et elle doit trouver des sujets chaque semaine sur le relationnel homme-femme, c’est bizarre mais c’est très très drôle les anecdotes qu’il y a.

 

Quel est ton prochain projet ?

 

Le prochain projet que j’ai est avec Marcel Maroist, producteur d’émissions de télévision au Canada et animateur d’une série web de défis sportifs. Il a aimé l’idée de mes fits et l’énergie que je transmets. Idéalement, il viendrait implanter une activité en France, d’abord sur Saintes. Et si ça fonctionne pourquoi pas en faire à Lacanau et dans la France entière ? Mais prudence, le fossé est encore grand entre l’idée et sa réalisation !