N°1 Julie Galiay

« Les plus belles choses sont celles qui n’ont pas de prix (…) L’amour, j’y crois encore »

 

Julie, tu es artiste peintre depuis plusieurs années et tu viens de concrétiser l’ouverture d’une galerie qui porte ton nom, à Royan. Parle-nous des valeurs qui te guident, de ton parcours et de tes goûts.

 

Je suis artiste peintre et féministe, je me bats à mon niveau car je n’aime pas ce qui est extrême. Je peins les femmes et c’est un exutoire par rapport à la vie que j’ai eue et que je raconte dans mon autobiographie. Une vie de couple qui n’allait pas du tout, et je ne l’ai vraiment réalisé qu’en partant. Connu quand j’avais vingt-deux ans, il fallait que je sois à la maison, qu’il n’ait rien à faire, et ça a été un engrenage, je faisais tout. Je réalise en le quittant que c’est pas du tout ça, la vie, qu’il faut un partage. En outre, bien que je sois souple je tiens à mes valeurs, j’ai notamment beaucoup de mal avec le mensonge et la trahison.

La gentillesse, l’amour, le don de soi, la générosité, c’est moi et c’est ce que j’aime chez les autres. Et mon côté féministe c’est surtout pour aider les femmes à se libérer et à prendre confiance en elles. Je peux me dire féministe dans le sens où je suis du côté des femmes battues, bien évidemment, violentées verbalement, par leur conjoint, c’est ce que j’ai vécu. « Tu vas arrêter de dire que tu es artiste peintre, tu es secrétaire » disait-il. J’ai eu beaucoup de témoignages de femmes qui sont complètement bridées, vraiment soumises, parce que ça a été un engrenage.

 

Je me suis totalement libérée, redécouverte, je suis redevenue moi-même, je suis devenue femme à part entière, et peintre à part entière, après mon divorce. Autrefois j’étais « femme de », sous ses ordres à la maison et au travail, mais pas vraiment femme, durant toute ma vie de couple.

J’ai été vraiment femme à trente-cinq ans, et artiste aussi. Il n’aimait pas ça, il m’empêchait de créer, parce que ça prenait du temps sur le reste. Je pense toutefois entreprendre une thérapie parce que je suis trop émotive pour que l’art me permette de digérer la situation entièrement.

 

Est-ce que la vie de Camille Claudel, dont tu parles parfois, te semble une tragédie liée à son époque ou est-ce un avertissement universel ?

 

Ce sera toujours un peu comme ça, il n’y a pas d’avertissement, les femmes se feront toujours un peu avoir par les hommes, on possède des intelligences différentes, on est plus émotionnelles, plus maternelles, trop amoureuses, trop « fleur bleue ». Sur le plan professionnel c’est là aussi où je veux me battre pour les femmes. On a cherché des artistes à exposer pour la galerie, et il y a quand même beaucoup plus d’hommes. J’ai vu des femmes géniales qui disent qu’elles créent « pour s’amuser », parce qu’elles sont femmes au foyer et n’ont pas le temps. C’est vrai qu’il me faudrait des journées de 36 heures, je l’avoue, on a des journées beaucoup plus remplies.

 

D’ailleurs il y a une dessinatrice, Emma, qui s’exprime beaucoup sur facebook et qui fait une super bande dessinée sur le thème de la charge mentale. Elle montre des situations où la charge mentale n’est pas répartie dans le couple et s’abat sur la femme, comme c’est le cas la plupart du temps. On se doit d’être beaucoup plus fortes finalement. Je suis aussi dans une association sur les TDA, les troubles du déficit d’attention, ce trouble m’a été diagnostiqué dernièrement, ça met pas mal de mots sur cette réalité. De le savoir m’aide psychologiquement, car la plupart des TDA sont également hypersensibles.

 

Selon une expression que tu as employée, qu’est-ce qu’une « «vraie vie de femme », quand on est artiste aujourd’hui ? Est-ce que c’est une vie indépendante d’un mari, ou d’une vie familiale, est-ce que ça peut être articulé en couple s’il y a de l’empathie, un projet ?

 

C’est tout simplement être soi et en accord avec soi-même, être bien dans sa tête et dans son corps, physiquement. Je n’avais que des insultes, des remarques, des reproches, des remontrances, forcément quand on n’a que ça tous les jours on se sent mal. Il faut garder plein de choses pour soi, en dehors du couple, des choses qu’aujourd’hui je ferais naturellement, que ce soit sortir avec ses amies, cultiver des hobbies ou s’affirmer dans un travail.

 

Est-ce que tes œuvres parlent d’amour ou bien est-ce que l’amour reste un rêve, voire un leurre, qui ne passe qu’à travers l’art mais qui n’est pas réalisable dans la « vraie vie » ?

 

L’amour ? J’y crois encore. J’y crois encore… comme dirait Lara Fabian (rires).

 

Je pensais plutôt à la chanson « La vaisselle » d’Anne Sylvestre, qui est venue en décembre à l’Abbaye aux Dames…

 

L’amour j’y crois, mais il ne faut pas devenir un couple, il faut rester soi-même à part entière, rester vraiment deux personnes distinctes. Mon couple m’a bridée pendant douze ans. Je pense que si j’avais été avec un homme aimant, agréable, gentil, soit j’aurais démarré beaucoup plus tôt, il m’aurait poussée, soit je n’aurais pas eu besoin de peindre. J’ai commencé à peindre au décès de mon père, ça a été mon exutoire. Cet événement tragique dans une vie déjà dure, ça m’a donné une force.

 

Ton affiche pour l’expo niortaise « L’Art au féminin », à l’Hôtel-de-Ville au printemps 2016, a fait l’objet d’accusations de sexisme, c’était moins une critique argumentée de ton travail qu’une instrumentalisation dirigée contre la politique de la ville qui t’accueillait.

Il y a une assertion que Jean d’Ormesson détestait: « Tout est politique » et à laquelle il opposait que « tout n’est pas politique ». L’amour, par exemple, disait-il. « Une Capulet peut aimer un Montaigu », au-delà des clivages. Quelle réflexion t’a laissée cette politisation de l’espace public, parfois relayée de manière agressive à travers les réseaux sociaux ?

 

À Niort, j’ai exposé des œuvres dont beaucoup à l’époque étaient des zooms sur des parties du corps féminin, et on m’avait dit que c’était sexiste, que je morcelais la femme, que je la réduisais à un rouge à lèvres et à des ongles vernis. Ces attaques visaient en réalité la mairie, c’était une manière de critiquer la politique communale, plus que mon travail. J’étais à mille lieues d’imaginer ça. Je débutais. Je ne fais pas de politique. J’ai été déçue, je voulais juste présenter mes œuvres, expliquer pourquoi je peins et pourquoi ça me tient à cœur de sublimer la femme, rien d’autre. Non, je ne morcèle pas la femme, je ne peux pas être sexiste et féministe.

 

Sublimer, c’est idéaliser, la peinture s’y prête bien. En revanche ta collaboration avec un photographe, pour une série d’images intitulées « La liberté mise à nue », a connu les foudres de la censure de facebook. T’y attendais-tu ? Qu’en est-il avec la photographie de nu ?

 

Je n’imagine pas qu’il va y avoir des conséquences à ce que je fais, je ne me demande pas comment ça sera traité ou analysé. Qu’il y ait des conséquences exagérées, je l’ai découvert à mes dépens.

La liberté mise à nu c’était vraiment quelque chose d’impulsif. Maintenant je fais attention quand j’écris quelque chose sur facebook, parce qu’après ça part en débat. Ou plutôt en polémiques qui me fatiguent, qui m’épuisent, parce que les gens sont aigris, parfois mauvais, haineux.

Pour la disparition de Johnny je voulais poster quelque chose qui me tenait à cœur, et je ne l’ai pas fait, parce que je voyais encore des gens haineux et aigris, ça me fatigue physiquement de voir la méchanceté d’un grand nombre de personnes. Pour en revenir à La liberté mise à nu je n’ai pas réfléchi, c’était un coup du cœur, un coup de colère suite à des violences. Et non, je n’imaginais pas que ça puisse être censuré, pour moi c’était juste beau, sans rien de choquant ni de censurable.

 

Dans ton travail est-ce que tu véhicules des messages spécifiques ou bien est-ce que c’est l’acte créateur qui fait sens, à travers la photographie et la peinture, dans leur production sensuelle ?

 

Je dirais qu’il y a un peu des deux. Quand je commence une œuvre il n’y a pas de message, je vais prendre en photo ma modèle, puis choisir telle ou telle photo, c’est purement artistique. Je n’ose peut-être pas l’exprimer mais derrière, je pense qu’il y a une volonté de passer le message que toutes les femmes sont belles, «assumez-vous, soyez fortes, et vivez ». C’est vrai que finalement j’aime à penser que grâce à mes tableaux certaines femmes peuvent se sentir mieux dans leur corps. Je pense à une modèle qui a des rondeurs et qui a eu de beaux retours sur les réseaux sociaux. Oui, on peut être belle avec des rondeurs, on a tous à s’assumer, sans être victimes de remontrances, de violences verbales du type « regarde celle-là avec ses bourrelets, elle doit bouffer…». Non, chacun est libre d’être tel qu’il est et de se sentir bien dans son corps.

 

Comment qualifierais-tu la sensualité dans ta peinture, est-ce le plaisir des volumes, le travail de la matière, est-ce l’explosion de la lumière dans l’acrylique ou bien est-ce un remède à la mélancolie ?

 

Je me mets moi-même dans mes peintures, ce n’est pas un choix de dire que je vais faire quelque chose de sensuel. C’est vrai que j’ai tendance à peindre des femmes qui ont des rondeurs, parce que les courbes sont précisément plus sensuelles que les lignes droites, la sensualité ce sont aussi les couleurs choisies, les motifs, et c’est le mot qui revient dans la bouche des gens sans que je décide de produire cet effet. Je suis une personne sensuelle, au contraire d’être vulgaire, et c’est ce que mes œuvres dégagent.

 

Comment qualifierais-tu le vulgaire ?

 

C’est un état d’être, propre à chacun, je ne sais pas trop dire, j’aurais du mal à le représenter, peut-être que certaines œuvres que j’ai faites peuvent paraître vulgaires à certains.

 

Il y a un de tes tableaux, intitulé Pop Tinker Bell, qui représente la Fée Clochette. Je pense au tableau « Look Mickey ! » de Roy Lichtenstein, qui lui aurait été suggéré par son fils.

Où trouves-tu ton inspiration ?

 

Pop Tinker Bell est né suite à un voyage chez Disney avec mes enfants, j’adore la Fée Clochette, pour ce qu’elle représente de liberté mais ça s’est fait à ce moment là parce que je venais de passer deux jours merveilleux avec eux.

 

Je m’inspire de beaucoup de peintres, j’aime beaucoup Niki de Saint Phalle, Salvador Dalí, le grand maître, Wahrol bien évidemment mais je ne peux pas dire que je sois dans le pop art, qui évolue dans une critique de la consommation. J’adore les Marvel, les DC Comics mais ça été tellement repris que je m’interdis de le faire.

J’ai fait aussi Harley Quinn, parce que c’était juste après la sortie du film Suicide Squad.

J’ai peint Harley Quinn parce que c’est une femme et qu’elle est très sensuelle, justement, très sexy même, je dirais, mais il y a certaines choses que j’aimerais faire et que je me refuse aujourd’hui. J’ai encore besoin de continuer dans ce féminisme, de travailler sur l’amour et les émotions. Peut-être que le jour où j’aurai rencontré quelqu’un ma peinture changera, peut-être que j’aurai moins besoin de continuer à sublimer les femmes, peut-être que je peindrai des hommes, je ne sais pas. Et, comme un exutoire, c’est autant moi sur mes tableaux que mes modèles.

Autre exemple, le dernier tableau que j’ai peint c’est le portrait de Pink, à l’occasion de sa dernière chanson, c’est une femme très forte, sa fille a eu des petits soucis à l’école et elle l’élève à la mode androgyne, en lui expliquant qu’il n’y a pas de codes, que si elle veut s’habiller comme un garçon elle peut le faire. Tout ça m’a parlé et j’ai fait Pink, mais j’y ai mis une telle force que je me dis que c’est moi, que je voudrais être comme ça, ma peinture est vraiment un exutoire.

 

Quelle part joue la photographie dans le processus de création de tes peintures ?

 

Ma peinture passe toujours par la photographie. Au départ j’utilisais des photos libres de droits trouvées sur internet, comme pour Harley Quinn ou la Fée Clochette. À présent j’ai décidé d’avoir une ligne directrice, d’avoir de vraies modèles, et d’avoir une histoire sur ces modèles. Je les prends en photo, je recadre l'image, je travaille un peu sur Photoshop pour utiliser la photo au format que je reproduis sur ma toile. On représente aussi bien en photo qu’en peinture, mais je ne suis pas photographe.

De quelle(s) histoire(s) s’agit-il ? L’histoire commence-t-elle avec la prise photographique qui aboutit à la réalisation d’un ou plusieurs tableaux ou s’inscrit-elle dans un processus plus vaste encore, qui commence dès le choix, la rencontre ou le dialogue avec les modèles ?

 

Le choix, la rencontre, le dialogue, oui, c’est plus ainsi que ça se passe. Car ça commence en amont, ce sont toujours des modèles avec une histoire bien particulière. On en a tous, mais là notamment, avec mon avant-dernier modèle, on a eu une histoire en commun dans la mesure où c’était la femme de l’homme avec qui j’étais. Je ne savais pas qu’il était encore marié, on a vécu pendant un an, elle, sa femme, et moi, sa maîtresse, sans le savoir. C’était très compliqué mais on a réussi à s’en rendre compte, nous nous sommes appelées et maintenant nous sommes devenues amies. Lui était assez mauvais avec elle, à cause de ses rondeurs, et ça l’a aidée beaucoup à s’en sortir.

 

Et puis tout dernièrement, c’est particulier là aussi, je n’ai pas encore traité les images, c’est ma cousine, qui vient de perdre sa fille. Elle a une force et une vraie mélancolie dans le regard, je voudrais vraiment faire son portrait, j’espère parvenir à le retranscrire sur la toile. Ma future modèle c’est une femme de soixante-treize ans, je voudrais représenter une femme qui avait eu un cancer, qui n’a pas d’enfant, pas de mari, je voudrais représenter sa beauté avec son visage marqué par ces situations au cours des années.

 

Est-ce que l’acte photographique fonctionne pour toi, au-delà de l’objet, comme une sorte de révélateur de la condition féminine ?

 

J’ai pris une amie en photo, elle aussi avec un homme qui n’est pas libre, et ça dure depuis trois ans, j’ai posté cette série de photos avec son autorisation et elle m’a appelé le lendemain en me disant qu’il fallait que je retire tout parce que son ami ne voulait pas que ça apparaisse sur facebook. C’est le genre de chose qui me met hors de moi parce que justement ce sont ses photos à elle, il n’apparaît pas, il n’a rien à dire, elle avait envie et il la bride. C’est pour ça que je voulais la peindre, parce qu’elle vit une histoire, totalement soumise à un homme qui fait ce qu’il veut avec elle. Et du coup, ça s’est encore plus vérifié quand j’ai fait ces photos. J’ai tenté de la booster mais elle reste sur sa position, il n’y aura donc pas de tableau.

 

Roy Lichtenstein décrivait son style comme étant « aussi artificiel que possible », comment décrirais-tu le tien, à mi-chemin entre le réalisme et l’excentricité, avec l’explosion de couleurs, le recours à l’aérosol ou au dripping, quelles sont tes techniques de prédilection ?

 

En ce moment je suis beaucoup dans le portrait. J’ai d’abord fait trois autoportraits. Le portrait de Pink est très réaliste, presque travaillé comme un dessin, car j’ai envie de rendre la personne, qu’on la reconnaisse, mais je ne recherche pas l’hyperréalisme, je n’ai pas de patience pour fignoler. J’ai besoin de mettre de la folie, cela dépend de mes humeurs.

J’ai aussi fait le portrait de la chanteuse du groupe Shaka Ponk, que je trouve très belle.

Je représente le visage, la force, qui émane des cheveux et autour il y a de la folie.

J’ai besoin d’exploser, j’aime quand c’est gai et très coloré.

J’ai commencé avec l’acrylique pour des raisons très terre à terre, comme beaucoup, parce que c’était simple, moins cher que l’huile, mais je m’y retrouve très bien. J’utilise l’aérosol depuis cet été, j’ai voulu essayer et j’aime bien la différence entre l’épaisseur de l’acrylique que j’utilise soit au pinceau, soit au couteau, et le côté très vaporeux que peut amener l’aérosol. Les coulures apportent un côté pop art, street art, actuel.

 

Quels sont les déclencheurs de ton envie de peindre ?

 

J’ai fait un live painting pour un club, réalisé en cinq heures donc certainement moins qualitatif que ce que j’ai pu faire dernièrement, c’était une prestation avec des paramètres imposés dont un personnage entier en situation et j’ai bien aimé. J’évolue, j’essaye, mon travail évolue avec ma vie et mes émotions, j’ai remarqué que toutes mes œuvres qui datent de cet été sont beaucoup plus colorées que d’autres qui sont en noir, blanc, rouge.

Je me souviens aussi d’une super soirée où je m’amusais mais il y a eu un déclic, je n’étais plus dans la soirée, j’avais juste envie de partir et de peindre.

Parfois c’est de discuter de telle ou telle chose qui me donne tout à coup envie, un reportage, une chanson… c’est très instinctif.

 

Est-ce que tu aimerais donner une dimension organique à ton travail en ajoutant du bois, des fibres, de la toile, du sable, ou bien est-ce que la surface lisse fait sens pour toi ?

 

Pas aujourd’hui, parce que j’aime peindre, en fait, je n’aime pas spécialement utiliser les techniques de collage. Par contre j’aimerais bien essayer de retranscrire certaines de mes œuvres en sculpture, les bouches notamment, pas dans l’immédiat mais j’y pense. Le motif de la bouche c’est la parole, c’est le baiser, c’est l’amour. C’est aussi beaucoup la féminité, avec les couleurs, tous les rouge à lèvres possibles, j’aurais du mal à faire une bouche neutre, bien que ce soit très beau aussI. Le maquillage est présent pour exalter la couleur, j’adore le rouge et une bouche rouge c’est pour moi le summum de la sensualité. Je peins ce que je trouve beau, de belles bouches je trouve ça magnifique, je me suis mise aussi à peindre les yeux. J’aime beaucoup peindre les mains, j’ai envie qu’elles soient parfaites, avec les détails, j’en suis capable mais il faut que ce soit le moment, à cause de mon côté impatient. Mettre des incrustations dans mes toiles, ça ne me tente pas forcément.

 

Tu adores dessiner les courbes mais par ailleurs tu utilises souvent le format carré, aimes-tu beaucoup le format carré et quel est ton rapport aux dimensions du support ?

 

Oui, j’aime bien le format carré. Ce que j’appelle mes vraies œuvres sont souvent des grands formats et elles sont uniques. Toutes mes petites bouches en petit format, c’est parce que ça me détend, je n’ai pas à réfléchir, elle se vendent aussi plus facilement.

Alors pourquoi le carré ? Tout simplement peut-être parce qu’au départ, quand j’ai commencé, je zoomais vraiment sur une partie du corps. Aujourd’hui je commence à travailler sur du format rectangulaire parce que justement j’éloigne peu à peu mon zoom, en fait. Sauf les portraits qui resteront sur du carré, je tends à faire le corps entier.

 

Est-ce que tu aimerais peindre autrement que sur des toiles, par exemple en faisant des affiches, sur des vitrines, ou alors précisément sur les murs, dans la rue ?

 

Peindre sur les murs, ça si on me le proposait je le ferais. Aujourd’hui j’en serais capable, notamment depuis que j’appréhende l’aérosol parce qu’avec la matière du support, peindre sur un mur risque d’être compliqué. Je me dis que je dois laisser libre cours à la folie dans mon œuvre qui est peut-être encore un peu trop carrée dans les portraits, très réaliste.

 

Est-ce que ce serait une folie envisageable pour toi de faire du street art de manière libre, ou anarchique, en t’emparant d’un support dans la rue, sans rien demander à personne, pour laisser une trace, même éphémère ?

Non, tout simplement par valeur personnelle, je n’aime pas être hors-la-loi, c’est peut-être idiot mais non, je ne pourrais pas faire ça, c’est pas mon truc. J’ai envie d’exposer des travaux de qualité, partout dans le monde, y compris dans des lieux atypiques, et être représentée en galerie.

 

Quels sont tes projets pour 2018 ?

 

J’ai un client qui habite Las Vegas et qui avait le projet de monter un grand restaurant et d’exposer mes œuvres mais son projet personnel est apparemment tombé à l’eau.

 

En revanche j’ai un bon contact au Luxembourg qui assure autant les galeries que les musées, les marchands d’art, les artistes, il s’est improvisé agent en fait circuler mon book. Le Luxembourg c’est un peu moins loin, ça va aider finalement.

 

J’ai Line Renaud qui m’a écrit il y a six mois, en me disant qu’elle aimait beaucoup ce que je faisais et voyait beaucoup de personnalité dans mon travail, elle me proposait d’en parler. Pour l’heure elle est en deuil et a certainement autre chose à penser, mais je suis ravie qu’elle aime ce que je fais et d’avoir ce contact parmi les célébrités.

J’expose au Luxembourg l’année prochaine, au mois d’août et septembre à la Cour des Comptes et au Parlement Européen.

J’expose en début d’année dans une galerie d’art contemporain, en Suisse.

 

Et je viens d’ouvrir avec un associé une galerie d’art à Royan. On va y exposer le street art et l’art contemporain, on reste sur quelque chose de très coloré et de très gai, à l’image de ce que j’ai envie de représenter. Je me donne les moyens d’atteindre mon but qui est d’exposer partout dans le monde.

J’ai rencontré la chanteuse du groupe Shaka Ponk, c’est une femme très simple, très timide, réservée, et comme on a un ami commun je vais lui offrir la toile, je lui demanderai de faire une photo ensemble pour qu’elle soit partagée sur les réseaux.

 

J’essaie de faire connaître mon travail. J’ai des contacts dans d’autres galeries d’art contemporain un petit peu partout.

 

Le prochain portrait que je voudrais faire c’est un homme, Julien Doré, mais avec du rouge à lèvres, pour faire quelque chose d’un peu humoristique, c’est quelqu’un de très engagé et de respectueux envers les femmes, je voudrais le contacter, pas pour lui demander l’autorisation mais pour en parler. Je voudrais travailler avec Nikos, qui fait des photos magnifiques, des portraits de stars, j’aimerais pouvoir utiliser ses photos pour faire mes tableaux.

 

Quand j’en parle, certaines personne me regardent avec l’air de penser que je plane à huit mille, mais non, j’ai de l’ambition, c’est tout. Et je pense aussi à mes enfants, j’aimerais qu’ils aient une vie intéressante et rencontrent plein de gens géniaux, ils le font déjà sur mes expos, ils sont très fiers. Les enfants n’ont pas de filtre, ils disent ce qu’ils pensent et trouvent que c’est très beau, pour la plupart. Les plus belles choses sont celles qui n’ont pas de prix et j’ai envie de rattraper au centuple les douze années de ma vie que j’ai perdues.