N°1 Féline Belou-Faure

« Féministe veut dire défendre l’égalité et non pas de se sentir supérieures »

 

Dans la bande-annonce originale du film Bliss (Whip it, 2009) de Drew Barrymore, inspiré du roman de Shauna Cross, on peut lire cette phrase: « «I had to go somewhere » / « il fallait que j’aille quelque part ».

De quelle envie ou de quelle rencontre vous est née l’idée de pratiquer le Roller Derby ?

 

Je suis une maman très maternante, j’ai allaité longtemps et en naviguant sur internet j’ai vu un jour la vidéo d’une femme, lors d’une compétition, elle était en train d’allaiter, avec les patins aux pieds. Ça m’a intriguée, j’ai cliqué et ça a été le début. J’ai laissé passer une ou deux années en m’apercevant que finalement il y en avait juste à côté de chez moi, à Rochefort, en l’occurrence, et à Saintes, et je suis allée tester un samedi matin de 9h à 11h, à 11h30 je commandais les patins. C’était vraiment fait pour moi.

 

Parlez-moi de ce sport au niveau technique. Est-ce que c’est juste de dire qu’il est à mi-chemin entre la course d’endurance et le sport de contact ?

 

Pas du tout, pas de course. Il n’y a pas besoin d’être spécialement rapide. On va dire que sur les quatorze joueuses on va en avoir deux trois qui vont être les jammeuses et elles ont besoin d’être rapides, après, les bloqueuses, pas du tout. Donc c’est plus un sport de contact. On marque des points en passant notre corps devant l’équipe adverse, c’est le passage des hanches qui compte comme point. C’est vraiment un sport de contact, on se rentre dedans, le but étant de marquer des points en passant et pour les bloqueuses de nous empêcher de le faire. Il n’y a pas de ballon et ce n’est pas une course de vitesse. Mais c’est un sport qui comme au foot a différentes divisions, N1, N2… au niveau national ou international. On a joué contre la Belgique, contre l’Angleterre.

 

Les règles sont très fournies. On a une sorte de diplôme pour jouer, donc on ne fait pas de match si l’on n’a pas les minimum skills, qui sont un peu comme un code de la route, il y a soixante-dix pages de règles, on a cinquante questions, quatre fautes maximum. Et ensuite il y a entre soixante-dix et quatre-vingt-dix points de patinage selon le niveau que vous voulez passer, avec les demi-tours, les sauts, la vitesse, la marche arrière, il ne faut pas faire plus de cinq fautes. En fait il ne faut pas être un danger pour soi ni pour les autres, d’où le principe du diplôme. Si l’on tombe trop souvent, si vous ne savez pas quoi faire quand vous chutez parce que vous avez mal vissé votre matériel, vous êtes un danger. C’est un sport qui reste dangereux, il faut absolument savoir comment réagir.

 

Expliquez-moi le choix du nom The Holy Terrors, c’est un jeu de mots ?

 

Tout à fait. Holy c’est un jeu de mots, en anglais, qui signifie Les Saintes Terreurs, pour inscrire le nom de la ville dans l’équipe. Même pour nos derby names c’est souvent soit un jeu de mot, en rapport à un film ou à quelque chose qui nous touche, soit quelque chose d’un peu trash.

 

L'imagerie des joueuses, les derby names, les noms de clubs, les logos sont fortement influencés par le rock, le punk et par l’univers un peu gore des films d'horreur. Plus qu’un sport est-ce qu’on peut dire que c’est un état d’esprit, un style de vie voire un engagement, de type féministe ? Comment définiriez-vous l’esprit des Holy Terrors ?

 

Tout à fait. Je dirais que c’est plus qu’un sport, on se considère presque comme une famille, c’est-à-dire qu’on est vraiment très très proches les unes des autres. Je ne suis pas quelqu’un qui personnellement m’entends très bien avec les femmes. J’ai trois frères, trois fils, que des tontons, et j’ai, dans l’esthétique, eu beaucoup de mal à m’entendre avec le côté trop « cancan » des filles et j’appréhendais beaucoup de me retrouver dans une équipe féminine. Et pas du tout en fait. C’est des filles pour le coup comme moi, qui sont franches, tout sort en direct. On se combat sur le track, on est amies hors du track. On va se battre contre La Rochelle, Poitiers, Rochefort, n’importe quelle équipe, ça peut se passer comme ça se passera, on peut prendre une « raclée », on peut faire mal à une fille sans le vouloir, on finit toutes ensemble à la fin, et on se relaie lors des matchs s’il manque quelqu’un elles viennent nous aider volontiers, on est combattantes sur le track mais c’est franc, c’est ce que j’apprécie beaucoup comme état d’esprit. En terme de féminité il y a beaucoup d’honnêteté, on se démène, parce qu’on a des vies personnelles forcément, et on n’a pas peur de passer du temps à aider l’association à faire des démarches, à s’investir chacune. On est vraiment bien, j’aime beaucoup l’état d’esprit de ce sport.

Il permet de s’investir et de se réaliser vraiment au-delà de sa profession, chacune apporte sa touche…

 

Exactement, il y en a qui s’investissent dans la communication, d’autres dans les échanges inter-équipes, d’autres dans les projets, comme là on refait notre calendrier donc il fallait trouver des spots, les filles ont fait le tour de la ville, et chacune a apporté quelque chose… là on a fait notre premier maillot, des filles qui n’ont jamais fait de design se sont mises à faire des dessins.

 

Vous venez tout récemment d’intégrer un homme à l’équipe. Est-ce que le choix de ce sport dit quelque chose de l’émancipation des femmes, ou du moins d’une réécriture des rapports homme-femme ?

 

Alors… il y a une équipe qui a fait le choix de ne pas accepter les hommes, parce que pour elle c’est un sport, à la base, féminin. Après, le côté féministe c’est de défendre les droits des femmes par rapport aux hommes mais je trouve que ça marche aussi dans l’égalité donc non, nous c’est ouvert aux hommes, ils viennent s’ils veulent, au contraire on essaie de recruter ceux du hockey qui viennent pour un essai avec nous lundi prochain et eux veulent qu’on adhère aussi, qu’on fasse du hockey avec eux. Féministe veut dire défendre l’égalité et non pas de se sentir supérieures. Donc équilibre, mais sans domination, on ne surjoue pas. Du coup à Saintes on a notre premier, c’est le chéri d’une des filles, de nous voir tout le temps ça l’avait interpelé, il est allé voir un match, il est revenu et il a dit « c’est bon je m’inscris, j’ai trop envie de faire ça », donc si, au contraire, les hommes adorent. Ils sont moins dans une recherche de look mais pour le nom par exemple, on en a un qui est immense avec son mètre quatre-vingt-dix et son surnom c’est Tour de contrôle, il nous dépasse de trois ou quatre têtes, ça lui va très très bien, c’est génial.

 

Est-ce que vous souhaitez des équipes mixtes, ou des équipes d’hommes et de femmes bien distinctes, comme aux origines de ce sport aux Etats-Unis dans les années 30 ?

 

C’est plus compliqué que ça. À un certain niveau la mixité est acceptée, à un autre niveau elle ne l’est plus, à cause des chocs. Les hommes, à un très haut niveau, ceux qui ont joué au Canada, c’était une équipe hommes contre hommes, c’est comme ça. Ce qui est rigolo c’est que l’année dernière, quand je jouais avec Rochefort, on a des messieurs du hockey qui ont commencé avec nous, ils n’osaient pas du tout nous rentrer dedans, alors que quand on les avait vus jouer juste avant ils se cartonnaient, arrivés sur des femmes finalement ils avaient très peur, « on va leur faire mal », mais on est bien plus robustes qu’ils n’imaginent. Maintenant ils sont habitués, ils ne font plus de cadeau, mais au départ ils ont ce côté protecteur naturel qui fait qu’ils n’ont pas envie de nous faire mal.

 

Quelles étapes avez-vous franchies pour exister comme association à Saintes ?

 

Alors du coup je suis jeune présidente, j’ai récupéré l’asso au mois de juin 2017. On est assurés et formés par la Ligue, et par la Fédé qui délivre des brevets d’état. On m’a fait suivre le cours de premiers secours, il y avait besoin, en cas de blessures.

On nous demande des comptes, c’est vraiment bien encadré.

 

Plus de 400 ligues appliquant les règles de la Women’s Flat Track Derby Association seraient en activité dans le monde… Vous êtes affiliés à la FFRS. Êtes-vous en synergie avec d’autres roller clubs ou fédérations ?

 

Oui, on est en synergie avec les Lynx Roller Hockey Club cette année, c’est une entente officieuse, on n’est pas rattachées à eux, on essaie, comme l’année dernière quand on a fait notre Roller Disco, pour avoir plus de poids, plus de bénévoles, plus de pub, de s’associer avec eux, de faire des démarches. On a des entraînements communs, inter-équipes, à La Rochelle et à Rochefort, des rencontres classiques de Ligue, avec la Roller-Sports Nouvelle Aquitaine.

 

Quelles qualités faut-il pour participer et quelles qualifications pour entraîner ou arbitrer ?

 

Pour entraîner, un peu comme dans tous les sports je pense, il faut de la patience, parce que c’est pas donné à tout le monde d’expliquer cinquante, cent fois la même chose, après il faut avoir aussi une dextérité naturelle et quelques années d’expérience avant, pour donner des conseils. Parce que nous en tant que joueuses on a plus facilement de mauvaises habitudes que de bonnes, il faut toujours repartir du point de départ. Il faut aussi être curieux, pour se développer, voir les nouveautés, comment les autres clubs évoluent. Par exemple, un truc tout bête, on peut freiner d’une certaine manière mais des freinages en roller il y en a plus d’une quinzaine, alors qu’on va faire toujours les trois mêmes, par réflexe. Donc il faut aller voir comment ça joue, regarder les matchs, surtout aux États-Unis, parce que tout nous arrive de là-bas, comme pour les séries télé, avec un certain décalage.

 

Quels types de quads faut-il privilégier ?

 

Les filles qui font du roller classique ont des quads montants, avec les talons, de petites roues, pour leur confort et la maniabilité. Pour nous il en faut de plus résistants mais après c’est à chacune ses sensations. Il y a toutes sortes de marques mais il faut que ce soit robuste, de qualité, il y a des quads qu’on trouve sur internet pour 100€ mais qui ne vont pas vous faire l’année, c’est dommage.

 

Quel engagement matériel suppose cette activité sportive ?

 

Pour être bien équipée 200-300€, au-delà de la licence. Parce qu’il faut les rollers, se protéger avec casque, coudières, protège-genou, etc. On n’entre pas sur le track, la piste, sans protection.

La totalité de l’équipement est à prévoir dès le départ. On le prête à celles qui veulent essayer deux ou trois fois mais ensuite il faut avoir son équipement, par expérience on conseille de ne pas prendre le moins cher, parce que s’il n’est pas de qualité il supposera un surinvestissement plus tard.

 

Et au niveau du temps à consacrer ?

 

On a trois entraînements par semaine, on demande aux filles de venir au moins à un obligatoirement, si elles ont envie de faire des matchs, deux c’est mieux. On a trois créneaux, un pour les nouvelles (rookies, en jargon derby), un créneau mélangé et un pour les anciennes. On a des pôles dans notre équipe, et là l’investissement personnel c’est un choix. Vous pouvez ne faire partie d’aucun pôle, venir aux entraînements et c’est tout ou intégrer le pôle com, le pôle inter-équipe, le pôle maillot, par exemple, et ça demande de l’investissement personnel parce qu’il y aura une soirée où il faudra quitter sa famille pour venir parler du maillot ou du calendrier, comme ce dimanche où j’arrive à 16h sur le site parce que je dois maquiller toutes les filles avant, donc ça me demande la moitié de mon dimanche. Le calendrier n’est pas une obligation non plus, elles ne sont pas obligées d’y paraître. Moi je suis la présidente, j’ai trois enfants, le boulot, les enfants adorent, c’est mes premiers fans, ils se sont mis au roller hockey, pour faire comme moi, ils s’en sont pris de passion, tout mon temps personnel j’essaie de le passer pour le derby, ils m’accompagnent le dimanche soir et ça leur donne pas mal de dextérité dans leur sport à eux, ça les amuse beaucoup.

 

Comment comprend-on si l’on est jammeuse ou bloqueuse ?

Qu’est-ce qu’un pivot ?

 

On le comprend à force de jouer. Il y a des filles qui ne veulent jamais jammer et d’autres jamais bloquer. La jammeuse il faut qu’elle soit rapide, qu’elle ait de la dextérité, qu’elle ait envie aussi de se faire buriner parce que c’est forcément elle qui prend tout, donc… machine à laver constante, il faut du cardio. Il y a des filles très fortes qui sont jammeuses parce qu’elles savent qu’elles arrivent et font boule de bowling et à l’inverse des filles toutes petites, toutes minces, il n’y a pas de gabarit type pour être jammeuse, c’est vraiment une sensation. Pareil dans les postes de bloqueuses, il y a quatre postes et des filles qui préfèrent être là ou là. Et le pivot c’est le relais de la jammeuse. C’est-à-dire que lorsqu’on a un jam, qui dure au maximum deux minutes, si la jammeuse voit qu’elle est épuisée et n’arrive plus à passer, elle peut décider de donner son couvre-casque à double étoile au pivot, par un terme technique qui reste entre nous, il ne faut pas que les autres le sachent. Elle dit son code, l’autre attrape et devient la jammeuse.

 

Est-ce qu’on peut être arbitre sans patins ?

 

Tout à fait. On a d’ailleurs besoin d’arbitres sans patins pour chaque match, on a les officiels sur patins et ceux qu’on appelle les NSO, les Non Skating Official. Ils sont là pour vérifier que les filles ne sortent pas de la piste, pour celles qui vont en prison, pour les scoreboards. Au total il faut quatorze bénévoles pour arbitrer, la plupart du temps des passionnés autoformés mais on essaie aussi de proposer de vraies formations, à plus grande échelle. On a tous les chéris des filles qui sont dans les arbitres. Il y a l’arbitre responsable, celui qui gère la prison, celui qui siffle pour les temps, c’est vraiment très compliqué. La prison c’est trente secondes, si vous faites une faute on vous la signale et il faut partir le plus vite possible à partir du moment où vous êtes assise sur votre chaise. Cinq secondes avant il y a quelqu’un qui vous dit « debout », en anglais, il faut donc apprendre tous les termes. Si on part trop tôt on refait trente secondes de prison et si on ne se lève pas et bien tant pis pour nous ! Il y a aussi des signes à connaître. L’arbitre va vous signaler votre couleur, votre numéro, votre faute, si vous ne l’entendez pas, à cause du bruit, ils vous le répète deux fois, après quoi vous êtes expulsée.

 

Recrutez-vous aussi des fans ?

 

Sur les réseaux sociaux c’est comme ça qu’on arrive à se faire connaître, quand c’est pas sur Instagram c’est sur Facebook, on essaye de faire quelques live, quand c’est intéressant ou qu’il y a des trucs un peu plus rigolos, il y a des gens qui sont curieux du sport, donc de l’équipe ou qui connaissent quelqu’un, il y a même des gens qui croient nous connaître par rapport à nos derniers mails sans qu’on les ai jamais vus, c’est assez rigolo. Donc oui, on recrute des fans.

 

Quelle est la moyenne d’âge aux Holy Terrors, à partir de quel âge recrutez-vous et est-ce que vous pensez ouvrir une section junior, avec des règles adaptées ?

 

La plus jeune a seize ans, l’âge légal pour pouvoir faire le match, et la plus âgée doit avoir quarante-cinq ans. Donc on a un beau panel. Après, au-delà, c’est plutôt physiquement qu’il peut y avoir des limites, la plus jeune rien ne lui fait peur, elle chute, elle se relève, personnellement je me suis démise une épaule, je sais que derrière il faut que j’aille au travail, c’est pas la même chose.

On ne peut pas ouvrir de section junior dans le sens où il faut avoir tous les brevets et des assurances particulières et en France il n’y a pas de match pour les ligues junior, ce serait beaucoup trop d’investissement pour notre petite équipe.

 

Qu’est-ce que vous conseilleriez à quelqu’un qui voudrait mieux connaître ce sport avant de venir tenter un premier jam ?

 

C’est de d’abord venir nous voir nous entraîner, ensuite de nous rencontrer en dehors si elles souhaitent, si elles ont des questions, parce que c’est un sport assez complexe à comprendre quand on doit jouer. En général celles qui viennent sont toujours conquises. On a des filles plus réservées qui vont sans doute le rester toute l’année. On a des filles qui se pensent réservées et qui sont très émancipées à la fin.

 

La boucle est bouclée, on en revient à Bliss de Shauna Cross, sous-titré « métamorphose d’une jeune fille ordinaire »…

 

D’où le derby name, quand des filles plus fragiles ou plus timides vont prendre des noms de fous et, arrivées sur le terrain, elles vont mettre tout l’ensemble, le look, le maquillage, ce n’est pas obligatoire, on reste toujours les mêmes mais oui, ce sport a un rôle de révélateur.

 

Où est-ce qu’on peut vous trouver ?

 

The Holy Terrors

Création le 3 février 2014

Affiliation: FFRS

 

Adresse mail : rollerderbysaintes@gmail.com

Page facebook : The Holy Terrors.

Tél. 06 72 811 980

Entraînements les dimanche de 18h à 20h30, lundi de 19h à 21h30 et mercredi de 20h00 à 22h30.