N°1 Bruno Drapron

« Pour moi c’était très clair, soit j’étais maire soit j’étais adjoint aux sports »

 

 

Le premier numéro du journal « les Échos de Saintes » sera dédié principalement aux femmes et comprendra notamment un entretien avec la présidente du club saintais de« roller derby ». Vous êtes adjoint aux sports depuis plus de trois ans. Il nous semble important d’avoir un bilan au niveau du sport à Saintes et de découvrir votre vision sur ce sujet.

 

Je suis élu depuis 2014, mais avant j’étais déjà conseiller régional Poitou Charentes et je suis un grand défenseur du sport féminin. Je fais partie de ceux qui ont lancé sous Ségolène Royal, même si j’étais dans son opposition, la commission sport ou j’étais très présent. J’étais en partie à l’initiative du premier plan régional pour les femmes. Depuis, cela avance bien, je suis aujourd’hui manager d’une équipe de vélo féminine.

 

Quel bilan tirez-vous de votre travail d'élu ?

 

Plutôt très positif. Dans un premier temps, découvrir les différentes activités, car la problématique c’est que chacun reste dans sa discipline, et on ne connaît pas les autres sports. Pour moi l’enjeu, en acceptant ce poste c’était de créer un esprit d’équipe, une dynamique de « sport Saintais ».

 

Dès votre arrivée, aviez-vous établi une politique sportive bien définie ? Si c'est le cas, était-elle différente de celle de vos prédécesseurs ?

 

Forcément différente, étant élu de l’opposition, c’était compliqué de faire la transition. D’autant que j’avais critiqué à plusieurs reprises les méthodes précédentes. Je voulais vraiment avoir une pâte sportive, comme moi je l’entendais. C’est-à-dire : développement du sport féminin, développement du sport handicap, et surtout une cohésion de toutes les associations entre elles pour ne pas faire un club mais « Le » club saintais.

 

Je fais du basket mais je vais voir le club de handball mais aussi le football, etc. Je trouvais que c’était trop cloisonné, certains choix n’étaient pas les miens. J’ai essayé de respecter tout le monde. Aussi bien au niveau des subventions, en les redistribuant avec plus d’équité, mais aussi en aidant le maximum d’associations, même celles qui ne sont pas à un très haut niveau. J’ai fait attention qu’elles respectent les engagements, à savoir la jeunesse, la formation, les femmes et le handisport.

 

Quels sont les points différents que vous ne partagiez pas avec vos prédécesseurs ?

 

C’est difficile de critiquer ceux qui ont travaillé avant vous. C’était une autre façon de faire les choses. Quand je regarde l’histoire des adjoints aux sports de la ville de Saintes, beaucoup de choses ont étés mises en place. Je suis très souvent en relation avec Serge Lacomare, adjoint sous Michel Baron, qui a fait beaucoup pour le sport, comme Frédéric Rateau. Mais encore une fois le fait d’être dans l’opposition m’a porté à être plus critique sur mon prédécesseur immédiat. On a tous essayé de faire quelque chose pour le sport.

 

Depuis trois ans les associations saintaises grognent contre la baisse significative des subventions. Qu'en est-il dans le domaine du sport ?

 

C’est franchement moins vrai à présent, il suffit d’interroger les clubs sportifs. J’ai une grande proximité avec eux, et je suis un homme d’une grande franchise. Depuis le début du mandat je leur explique que l’État impose des réductions drastiques aux communes et que forcément les premières à être impactées seront les associations. Je me suis battu, au sein de l’équipe municipale pour maintenir le niveau de subvention aux sports, c’est d’ailleurs la seule strate de subvention qui n’ait pas bougée.

 

Nous devons reconnaître que nous ne sommes pas non plus les plus dotés. Cette année j’ai bon espoir que la dotation reste identique. Mais évidemment, l’enveloppe ne bougeant pas, quand vous voulez récompenser un club, qui a fait plus d’efforts qu’un autre, c’est à l’intérieur de l’enveloppe que ça bouge. Le global ne bouge pas, mais par contre, je le dis à tous les clubs, à chaque fois que je les rencontre, une subvention n’est pas acquise, l’utilisation des salles mises à leur disposition, non plus. Chaque année, on revoit leurs activités, la cohérence avec la politique mise en place, les aides. Mais c’est toujours dit avec franchise et expliqué, ce qui permet justement d’éviter un mécontentement.

Au niveau des relations de la CDA avec les communes voisines, il y a encore quelques décennies chaque commune avait par exemple son club de football, beaucoup ont disparu alors que d'autres se regroupent comme cela semble le cas entre Chaniers et Fontcouverte.

Y a-t-il des échanges entre les communes sur l'aménagement de salles ou de terrains et la ville de Saintes, mène t’elle une réflexion au sujet des investissements avec les autres communes ?

 

J’aimerais. Je suis aussi un élu communautaire. Le souci c’est que la compétence « sports » est une compétence partagée, sans chef de file. Ce qui veut dire que chacun fait comme il veut. Beaucoup d’agglomérations récupèrent la compétence sportive infrastructures, pas la nôtre, ce que je trouve dommage.

 

Cela permettrait d’avoir une équité aussi sur le territoire. Aujourd’hui, les charges de centralité pour le sport, c’est la ville de Saintes qui les gèrent. Parce nous construisons et entretenons les bâtiments, nous les chauffons, et nous faisons tous les travaux nécessaires.

Quand vous regardez très exactement les sportifs saintais, 50% appartiennent à la ville, pas plus, et la ville prend à 100% les charges. La prise en charge par l’agglomération permettrait de construire de nouveaux équipements. Aujourd’hui on ne peut plus le faire. Il faudrait que l’agglomération récupère la compétence sportive, décide de qui fait quoi et où. Après on n’est pas obligés de tout mettre à Saintes, bien entendu. On pourrait avoir une vraie réflexion, et décider de créer un gymnase dans une partie de l’agglomération qui en serait dépourvue. C’est ce que je fais aussi à Saintes, j’incite les clubs qui ont la même discipline à se regrouper. Cela évite de se chamailler pour les créneaux, pour les subventions. Normalement prochainement on va y arriver avec le judo comme cela s’est fait avec la natation. Faire comprendre aux gens que c’est mieux de se regrouper plutôt que de chercher les subventions chacun dans son petit coin. Cela éviterait d’avoir une pléthore de clubs de même discipline sur l’agglomération.

 

Y a-t-il une réflexion en cours sur l'intérêt communautaire concernant les investissements et une politique du sport à l'échelle de l’agglomération pour 2018 ?

 

L’agglo est récente et très honnêtement il y a énormément de choses à faire. Cette compétence n’étant pas imposée par la loi, chacun la prend comme il le veut, ça ne fera pas partie des priorités de ce mandat.

 

Y a-t-il une politique d'investissement sur l'ensemble de la ville prévue dans le domaine des sports pour les années à venir ?

 

400.000 € par an, voilà la dotation ! Elle se limite juste à entretenir ce que l’on a.

J’avais l’espoir de pouvoir construire un Dojo, puisqu’il n’y en a pas digne de ce nom à Saintes. Hélas cela ne pourra pas se faire durant ce mandat.

 

En 2014, l'équipe dont vous faites partie a annulé le projet de l'ancienne municipalité concernant une partie du stade Yvon Chevalier.

Il s'agissait d'un échange-vente de terrains agricoles et sportifs. Cette opération aurait permis la construction de terrains de sport neufs sans incidence financière pour la commune, est-ce avéré ?

 

Clairement pas. C’était annoncé tel quel mais il suffisait de regarder les prévisions budgétaires du projet, pour voir que l’opération zéro annoncée par l’ancienne municipalité n’en était pas une. De plus l’opération ne présentait pas un grand intérêt pour le monde sportif local.

C’était construire des commerces à la place du terrain de rugby, écraser des terrains pour essayer d’en faire d’autres, à condition d’en racheter. Et de plus à quelqu’un qui les vendait très cher. Franchement, ce n’était pas une bonne idée, ni pour le commerce ni pour le sport.

 

Imaginons qu’arrive une enveloppe magique de l’État, vous permettant de n’avoir plus de soucis de financement, que feriez-vous immédiatement?

 

Immédiatement ? Je construirais un Dojo et je le mettrais au sein des quartiers prioritaires. Je ferais une deuxième piscine pour les clubs.

Ceux sont les deux gros équipements qui manquent aujourd’hui. Et bien sûr construire un ou deux gymnases serait très bien mais le rêve a ses limites.

 

Pourquoi avez-vous accepté cette charge ? Qu’est-ce qui vous semble essentiel en politique comme dans l’activité sportive ?

 

Au départ je devais être candidat tête de liste, il se trouve que pour des raisons politiques on m’a plutôt demandé d’attendre, et je le regrette.

Pour moi c’était très clair, soit j’étais maire soit j’étais adjoint aux sports. Le sport est pour moi un vrai cheval de bataille, surtout le sport féminin. Je m’y suis investi beaucoup déjà pour la Région et je voulais continuer dans ce domaine. J’ai besoin d’être au contact des gens et de voir très rapidement si ce que vous décidez peut se mettre en place et comment le mettre en place. D’où l’avantage de le faire avec le sport, c’est génial, si je prends une décision je vois si elle est applicable et comment ça marche, c’est de la politique de terrain.

 

(B.D. aperçoit sur une table le livre de photographies de Christian Vioujard préfacé par Nicolas Hulot, avec Jacques Chirac en couverture).

Je suis très fan de Chirac. Pas le coté RPR ni UMP, j’ai toujours été centriste. Mais je suis chiraquien parce que j’aime l’homme. Faire de la politique à la Chirac, c’est la proximité, l’écoute, être au contact des gens.

 

Est-ce que qu’aujourd’hui cette politique de proximité, de contact, manque ?

 

Quand on voit ce qui s’est passé en France aux dernières élections, si on avait bien travaillé depuis vingt ou trente ans ça ne se serait pas passé.

 

Le président Macron ne serait jamais passé ?

 

La logique aurait voulu que ce soit Juppé Président de la République aujourd’hui. Ça ne s’est pas fait parce que bon… et c’est peut-être bien !.

Mais Macron président, il faut dire la vérité, il a eu un culot extraordinaire et la baraka. Secrétaire général de l’Élysée il y a trois ans, deux ans plus tard Président de la République, ça ne s’était jamais vu !

 

Il a eu le culot au bon moment, il a su séduire les français, et on souhaite qu’il réussisse mais clairement, il ne faut plus faire de la politique « comme avant » et c’est peut-être un bien.

 

Est-ce que les hommes politiques se posent la question sur les formations nécessaires pour accéder à ces postes?

 

Je fais de la politique depuis que j’ai dix-huit ans. Depuis le début j’ai souhaité me former, parce qu’on arrive tous d’univers différents. Je suis issu de la société civile, Je suis pompier professionnel, un métier que je connais bien. Mais on ne peut pas tout connaître au sein de cette profession. J’ai commencé par les finances, la mécanique budgétaire, c’est différent de nos comptes en banque, il faut la comprendre, c’est le « b.a.-ba » des choses. J’ai donc fait de la formation sur ces sujets.

J’ai toujours fait de la formation, je suis membre du conseil d’administration de l’IFDI, l’Institut de Formation des Démocrates et Indépendants.

La formation c’est ce qui manque dans le monde politique. Aujourd’hui on peut être élu pour son physique, et si l’on n’a pas eu les formations nécessaires pour faire un vrai travail d’élu alors on crée de l’illusion et on fait des mécontents.

 

Cette proximité manque vraiment. Les politiques ont pris cette fâcheuse habitude d’être un peu hautains, de saluer lorsque ce sont les élections et le lendemain de vous oublier. Il y en a beaucoup qui ont pris de grandes claques, que ce soient des députés ou des personnalités en fin de carrière et aujourd’hui ils cherchent un travail.

 

Et en politique comme dans tout métier, si vous ne vous formez pas, si vous ne travaillez pas, vous n’êtes pas bons. J’espère être un bon élu, parce que j’ai travaillé. Quand je parle je sais de quoi je parle, quand je promets c’est que je fais, si je ne peux pas je dis que je ne peux pas. Et si je fais, mais je n’y arrive pas, je transmets toujours mes retours et j’explique aux gens que ce n’est pas parce qu’on demande qu’on obtient toujours, ce serait trop facile.

 

La politique de la promesse a été trop longtemps utilisée et c’est une erreur, il faut se limiter à ce qu’on sait faire et être au contact de ceux qu’on administre, sinon ça ne peut pas marcher.

 

C’est également important que le député soit en contact avec la mairie de la première ville de la circonscription. Quelle est votre relation actuelle avec le député de « La République En Marche », Jean-Philippe Ardouin ?

 

C’est une longue histoire. J’ai été son premier directeur de campagne, je crois en 2002. On était à l’UDF ensemble, il était président départemental de l’UDF et moi président des Jeunes. On a travaillé ensemble autrefois mais on s’est perdus de vue, on ne fait pas de la politique de la même façon. Je ne sais pas quels liens il entretient aujourd’hui avec la mairie

 

Hormis la proximité quelle est la qualité que vous estimez le plus, chez un élu ?

 

« L’humilité ». Étant pompier, je suis au service des citoyens. Mon métier c’est le service public. Aller au contact des gens, les servir, je sais ce que cela implique et ce que cela rapporte. C’est ce qu’il manque un petit peu au monde politique. Gagner c’est presque trop facile, après il faut assumer, et ne pas décevoir. Le plus dur n’est pas de gagner mais de se faire réélire. Si vous êtes réélu c’est que vous êtes bon.

 

Dans la formation qu’est ce qui est important ?

 

Les institutions, je suis très profondément européen, et ce n’est pas parce qu’on est à Saintes qu’il ne faut pas se soucier de tout ce qu’il se passe à Bruxelles.

Il faut se former à toutes les strates, comprendre la mécanique budgétaire. Comprendre aussi comment fonctionne les autres institutions, comment elles sont liées, pour pouvoir interagir.

Le réseau, en politique, est une chose importante. Avoir les bonnes personnes aux bons endroits pour vous aider à avancer dans vos projets. Lors des formation dans les réunions de parti, vous rencontrez des gens. La formation c’est ça, Il faut aussi apprendre à s’exprimer, par exemple à travers le media training.

 

Quel est votre principal défaut ?

 

Ça m’a coûté un divorce, pour ne pas savoir couper mon téléphone. Être trop disponible. Maintenant le dimanche est exclusivement réservé à la famille, je ne prends plus de rendez-vous ce jour-là.

 

Quelle est votre occupation préférée, en dehors de la politique ?

 

Mon métier, de pompier professionnel, même si je le fais de façon différente aujourd’hui. Tout simplement parce que je ne suis plus totalement en unité opérationnelle. Je suis dans un bureau au groupement où je m’occupe des matériels, de l’équipement des casernes.

Mais ce soir je suis de garde. J’ai tenu à conserver des activités opérationnelles même si elle sont moins nombreuses qu’avant. J’ai besoin de ce contact, de l’esprit d’équipe.

Dans ce métier quand vous partez à dix il faut revenir à dix, il y a de l’analyse, de l’interaction, et des automatismes, pas de grand discours. Face à une situation, on donne des ordres, ils sont exécutés instinctivement. C’est un vrai travail d’équipe.

 

Quel est votre rêve de bonheur ?

 

Que tout aille bien chez moi. Je n’ai pas de grand rêve, j’aime me faire plaisir, c’est une chance de pouvoir le faire, comme aller en Italie au moins une fois par an.

J’ai une vie très agréable, j’espère qu’elle va continuer comme ça.